L'Éternel Retour : Le 7 février, ce Mirage Haïtien
- GenecoHaïti
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Nous y sommes. Le 7 février 2026. Une date qui, dans le calendrier politique haïtien, devrait marquer le sacre de la démocratie, la passation de pouvoir entre un élu et son successeur. Pourtant, une fois de plus, le Palais National (ou ce qu’il en reste) n'accueille aucun nouveau président élu. Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), cette structure collégiale née dans la douleur en avril 2024, arrive au terme de son mandat sans avoir pu organiser le moindre scrutin.
Le constat est amer : Haïti glisse à nouveau vers un exécutif monocéphale de facto. Ce qui devait être une rupture avec l'ère Ariel Henry ressemble aujourd'hui à une simple photocopie de l'échec.
Le Spectre d’Ariel Henry et la Faillite du Consensus
Le CPT avait promis la sécurité et des élections. Deux ans plus tard, l’insécurité s’est métastasée et les urnes sont restées au placard. En retournant vers une direction unique, souvent concentrée entre les mains d'un Premier ministre sans contre-pouvoir législatif, Haïti réitère le scénario d'Ariel Henry. Cette "monocéphalie" forcée n'est pas un choix de gouvernance, mais le symptôme d'une incapacité chronique des élites haïtiennes à se mettre ensemble.
L’histoire récente d'Haïti est une succession de « consensus » qui n'engagent que ceux qui les signent. Chaque groupe politique voit la transition non pas comme un pont vers la stabilité, mais comme une opportunité de placer ses pions. Cette atomisation de la classe politique, incapable de transcender les intérêts de chapelle pour un projet de nation durable, condamne le pays à une transition permanente.
L’Ombre de Washington : Entre Ingérence et Vassalisation
Il serait cependant malhonnête d'analyser cette crise sans regarder vers le Nord. Le CPT lui-même a été largement perçu comme une création de laboratoire sous l'égide de la CARICOM, mais surtout sous la supervision étroite du Département d'État américain.
Les États-Unis utilisent Haïti comme un terrain de gestion de crise à bas coût. En imposant des solutions "clés en main" et en choisissant les interlocuteurs, Washington participe à la délégitimation des acteurs locaux. La stratégie américaine semble s'articuler autour d'une gestion de l'instabilité plutôt que de sa résolution. En maintenant Haïti dans une dépendance sécuritaire (via des forces internationales), les USA s'assurent que la nation reste un vassal docile, incapable de définir sa propre trajectoire géopolitique.
L'analyse de cette fin de mandat révèle une vérité dérangeante : la crise haïtienne est devenue une industrie. Tant que le pouvoir est "de facto", il n'a pas de comptes à rendre à un Parlement. Tant que l'insécurité règne, l'aide internationale continue de couler, alimentant souvent les mêmes structures qui échouent.
Le passage du CPT à un exécutif monocéphale n'est pas un accident de parcours, c'est le résultat logique d'une transition qui a refusé de s'attaquer aux racines du problème : la rupture du contrat social. On ne peut pas organiser des élections dans un pays où l'État n'a plus le monopole de la violence légitime. Prétendre le contraire, comme l'a fait la communauté internationale pendant deux ans, relève soit d'un aveuglement volontaire, soit d'un cynisme calculé.
Haïti ne sortira pas de ce cycle par de nouvelles signatures au bas de documents paraphés à Washington ou Kingston. La solution réside dans un sursaut de souveraineté que les élites actuelles, trop occupées à courtiser l'ambassade américaine, semblent incapables d'initier. Le 7 février 2026 ne restera dans l'histoire que comme une date de plus dans l'agenda de la déchéance institutionnelle.
La Rédaction

