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7 février 2026 : Haïti face au gouffre du vide institutionnel

En Haïti, les dates ne sont jamais anodines. Elles charrient le poids des ruptures, des espoirs déçus, des colères populaires et des promesses non tenues. À mesure que l’aiguille du temps se rapproche du 7 février 2026, une même interrogation traverse le pays, du commerçant de Pétion-Ville au déplacé forcé du centre-ville : que se passera-t-il lorsque le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) arrivera à son terme ?

Le pays s’enfonce dans une incertitude institutionnelle profonde. Entre un CPT contesté, une insécurité persistante et une économie exsangue, Haïti joue une partie décisive de son avenir dans les semaines à venir.


Le spectre du vide constitutionnel

Le compte à rebours est enclenché. Conformément au décret ayant institué le Conseil Présidentiel de Transition, le mandat de ses membres prend officiellement fin le 7 février 2026. Or, à moins d’un mois de cette échéance, aucun mécanisme de succession crédible n’est en place, faute d’élections organisées.

Le coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé font face à une contestation grandissante. Une frange importante de la classe politique et de la société civile dénonce l’incapacité de l’exécutif à créer les conditions minimales pour un scrutin crédible. « On ne peut pas prolonger indéfiniment une transition sans résultats », alertent plusieurs organisations de défense des droits humains, qui redoutent l’installation durable d’un pouvoir sans légitimité populaire.


Sécurité : une accalmie fragile

Malgré le déploiement de la Mission multinationale de soutien à la sécurité et la mise en place de la Force de répression des gangs, Port-au-Prince demeure largement sous l’emprise de groupes armés. Certes, quelques axes routiers ont été partiellement rouverts en janvier, mais des zones clés comme Delmas ou Cité Soleil restent des foyers de violence active.

L’imbrication persistante des gangs dans les dynamiques politiques constitue un verrou majeur. Pour de nombreux observateurs, organiser des élections dans un tel contexte reviendrait à confier le processus démocratique à la loi des armes plutôt qu’au suffrage populaire.

Une économie asphyxiée et une pression migratoire croissante

Sur le plan socio-économique, le pays est à bout. Une inflation avoisinant les 30 %, combinée à une récession qui s’étire pour la septième année consécutive, érode le pouvoir d’achat et précipite une grande partie de la population dans la précarité.

À cette situation s’ajoute une inquiétude diplomatique majeure. Aux États-Unis, la fin annoncée du Statut de Protection Temporaire (TPS) en février 2026 fait planer la menace de retours forcés massifs. Haïti, déjà confronté à plus de 1,4 million de déplacés internes, a-t-il la capacité d’absorber un tel choc migratoire ? La question préoccupe autant les autorités nationales que les chancelleries étrangères.


L’option d’un « Pacte de salut public »

Face au risque d’un effondrement institutionnel dès le 8 février, des discussions de dernière minute se multiplient. L’hypothèse d’un gouvernement de « salut public », plus large et plus inclusif, circule avec insistance. L’objectif serait de dégager un consensus minimal afin de stabiliser le pays durant une période résiduelle strictement limitée à l’organisation technique des élections.

Le temps, toutefois, joue contre Haïti. Le 7 février n’a jamais été une date ordinaire dans l’histoire nationale : elle marque la fin des dictatures et des mandats. En 2026, elle pourrait aussi symboliser un nouveau basculement dans l’inconnu.


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